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S


Sabot, s. m. Boîte dans laquelle les compositeurs jettent les lettres usées et destinées à être refondues. || Par extension, Mauvais ouvrier. || Dans un autre sens, Petit chariot qui sert à transporter les formes.

Sac (AVOIR LE) ou Être saqué, v. Avoir de l'argent, être riche. || On dit encore dans le même sens: ÊTRE AU SAC.

Saint-jean, s. m. Ensemble des outils d'un compositeur. Ces outils, d'ailleurs peu nombreux, sont: le composteur de fer et le composteur de bois, les pinces, la pointe, aujourd'hui presque abandonnée, le visorium et la boîte à corrections. || Prendre son saint-jean, Quitter l'atelier.

Saint - Jean - Porte - Latine . s. f. Fête des typographes. Elle tombe le 6 mai; mais elle n'est plus guère chômée.

Sainte-Touche, s. f. Jour de la banque. Cette expression, usitée presque exclusivement parmi les personnes attachées au Bureau, n'est pas particulière aux typographes; elle appartient plutôt au langage des employés.

Sangsue (POSER UNE). Corriger sur le marbre pour un compagnon absent. Cette locution pittoresque rappelle la faculté que possède cette hirudinée de se fixer, de se coller à la peau de l'homme ou des animaux. Peut-être encore vient-elle de ce que certains corrigeurs comptent à leurs camarades plus de temps qu'ils n'en ont passé et jouent alors à l'égard de ceux-ci le rôle de sangsues.

Salé, s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n'est pas terminé. Le compositeur qui prend du salé se fait payer d'avance une composition qu'il n'a pas faite encore et qu'il ne comptera pas quand elle sera finie; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages.

Le salé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, parce qu'il n'encourage pas à travailler, et rien n'est plus juste; en effet, le compagnon, sachant qu'il n'aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n'a pas de courage à la besogne. Loin d'être dans son dur, il a la flème: de là de fréquentes sorties; de là aussi l'adage.

Sarrasin, s. m. Ouvrier qui travaille en mise-bas, et, par extension, Compositeur qui ne fait pas partie de la Société typographique. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidèles.

Sarrasinage, s. m. Action de sarrasiner.

Sarrasiner, v. intr. Faire le sarrasin.

Scié, s. f. Mystification; plaisanterie agaçante. N'est pas particulier au langage des typographes. || On appelait autrefois scie, dit Vinçard, ce qui sert à disposer les garnitures.

Sentinelles, s. f. pl. Lettres qui tombent d'une forme quand on la lève et qui se tiennent debout sur le martre. || Dans un autre sens, on appelle sentinelle le verre de vin que viendra boire un peu plus tard un compagnon qui ne peut actuellement sortir. Aussitôt que cela sera possible, celui- ci relèvera la sentinelle posée et payée par son camarade.

Services, s. m. pl. Mot usité dans cette formule à peu près invariable du typo en quête de travail: Monsieur, je viens vous offrir mes services pour la casse.

Sibérie, s. f. Se dit de rangs situés à l'extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n'a aucune espèce d'accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l'atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu'à l'initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L'attrape science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas! n'était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d'une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L'un d'eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu'ils furent pris d'une panique soudaine bien justifiée. On venait d'entendre le frôlement d'une robe qui n'était autre que celle de la patronne, laquelle n'entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s'apercevant que l'un deux était couvert, et comme elle tenait au respect: " Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. -- Pardon, madame ! " dit l'interpelle. Aussitôt le roi de pique, la dame de coeur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l'atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame... L'enfant promettait!)

Singe, s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n'est plus guère usité aujourd'hui et qui a été remplacé par l'appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.

" Les noms d'ours et de singe n'existent que depuis qu'on a fait la première édition de l'Encyclopédie, et c'est Richelet qui a donné le nom d'ours aux imprimeurs, parce qu'étant un jour dans l'imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l'on tirait, et s'étant approché de trop près de l'imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l'auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l'auteur d'appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d'appeler les compositeurs des singes, (Momoro.) -- Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d'hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d'hommes du barreau.

Sonnettes, s. f. pl. Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d'une forme qu'on lève de dessus le marbre. Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu'elles ne restent pas debout comme ces dernières.

Sorte, s. f. Quantité quelconque d'une même espèce de lettres. || Au figuré, Conte, plaisanterie, baliverne. || Conter une sorte, c'est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l'infini; en voici quelques exemples: " Oui, Bidaut, " est une réplique qui signifie " Oui, oui, c'est bien, soit; je n'en crois pas un mot. " -- " Il paraît qu'il va passer sur le nouveau labeur: le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l'oeil. " Ou bien encore: " Le prote va mettre en main l'Histoire de la Chine [7] dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12 ." C'est une scie qu'on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde.

On dit aussi " Le pape est mort! " quand on entend remuer l'argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.

Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s'écrie: " Tu disais donc, Matéo, que cette femme t'aimait? " comme s'il reprenait tout à coup un dialogue commencé.

Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n'est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu'ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l'attitude d'un compositeur dans son dur.

" Quand un compositeur n'est pas matineux, dit l'auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C'est l'assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres: blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu'on dispose artistement en trophée; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l'on peut trouver. "

Voici une autre sorte en action dont la victime s'est longtemps souvenue. C'était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s'y égarer et d'acheter à la criée un lot de volailles: des poulets, des pigeons ou des oies. À l'atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales: il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu'un jeune fiancé gagna à cette loterie d'un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l'enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive; notre jeune homme se hâte d'endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. " Je viens dîner avec vous, " s'écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d'yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau; c'en était un véritablement.

On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d'un moment pour s'esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s'assied à sa place en grommelant. L'amoureux typo, s'apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l'emmène à la cuisine, et quelle n'est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose.

L'oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête.

Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu'il ne soit pas possible de voir ce qu'il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s'essaye à jeter une pièce de monnaie; mais il n'atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l'avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis... comment dire? remplis d'ordure.

Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu'à nos jours.

Symbole (AVOIR, DEMANDER), V. Avoir, demander crédit. Cette expression nous paraît venir de celle-ci: Passer devant la glace. Comme on sait, Passer devant la glace , c'est payer au comptoir, derrière lequel se trouve d'ordinaire une glace. Dans cette glace, on y voit son portrait, son image, son symbole. Avoir symbole, c'est donc, par ellipse, avoir la permission de passer devant cette glace redoutée sans s'arrêter. On peut donner encore une autre étymologie: les pièces de monnaie portent sur une de leurs faces la représentation, le symbole d'un souverain quelconque, ou une autre figure. De là peut-être l'expression. Nous livrons ces conjectures à la sagacité de quelque Du Cange de l'avenir. D'autres proposent une étymologie beaucoup plus simple et peut-être plus naturelle: Symboleest, dans un certain sens, synonyme de Credo, le Symbole des Apôtres. De Credo à Crédit, la distance est courte. Choisissez.


[7]

Cette sorte rappelle un fait véritable : l'immensité des publications chinoises; ainsi, d'après le World, le Sec-Coo-Tswen-Choo ne comprendra pas moins de 160,000 volumes.

C'est une encyclopédie dont le plan fut conçu à l'origine par l'empereur Kien-Long, vers le milieu du XVIIIe Siècle, et dont l'exécution fut confiée par lui, vers 1773, à une commission de savants et d'érudits chargée d'en faire les compilations. Durant le siècle qui s'est écoulé. 78,716 volumes ont été publiés. De ce nombre, 7,353 tomes ont rapport à la théologie; 2,152 traitent des quatre ouvrages classiques de la Chine et de la musique; 21,626 sont historiques, et les 47,004 volumes restants traitent de la philosophie et des sciences.

Les souverains qui ont successivement régné sur le Céleste-Empire ont toujours été entourés de littérateurs, de collectionneurs et de lecteurs de livres.

L'empereur actuel possède une bibliothèque de 400,000 volumes et a donné l'ordre de réunir tous les poèmes écrit sous l'une des dynasties, pour être publiés en 200 volumes.

L'épaisseur des ouvrages n'en fait pas le prix: les livres imprimée se vendent très bon marché en Chine. Ainsi, un ouvrage historique en 24 tomes coûte seulement de 0 fr 80 à 4 francs.


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