Histoire d'Algorithmes

Histoire d'Algorithmes
Du caillou à la puce

Chabert (J.-L.), Barbin (E.), Guillemot (M.), Michel-Pajus (A.),
Borwczyk (J.), Djebbar (A.), Martzloff (J.-C.)
Paris, Belin, Coll. Regards sur la Science, 1993.
ISBN 2-7011-1346-6

(Citation des pages 56-57.)

Ruban 6935 caisse 04

ruban caisse Ce ruban, découvert dans une allée du cinquième arrondissement de Paris, semble avoir été rédigé le 21 mai 1992 vers 17h46. Visiblement le texte est écrit de gauche à droite, il est cependant difficile de préciser sans autre indication si la lecture doit s'effectuer de haut en bas comme dans les textes arabes et chinois, ou si elle s'effectue de bas en haut. Quoi qu'il en soit, on peut noter d'emblée une double invocation des divinités, au début et à la fin du texte: au dieu Hopi Amon, appelé encore Votre Service d'une part, au dieu Bientôt d'autre part.

L'étude détaillée de ce document n'est pas encore achevée et de nombreuses obscurités subsistent encore. Pour tenter une interprétation de ce manuscrit, nous prendrons l'option de certains historiens des sciences et des techniques qui proposent une lecture de haut en bas, encore que cela rende difficile la compréhension de certains passages. ces historiens s'accordent alors sur un certain nombre de points. Nous les résumerons en six remarques dont une question.

Ce texte nous présente une addition de nombres pointés, c'est-à-dire de nombres écrits en caractères arabo-indiens dans un système de numération de base 10, utilisant l'écriture décimale - attribuée à Simon Stevin par la plupart des commentateurs européens - et où le point remplace la virgule française du XIXe siècle. Certains documents du même type, quoique dédiés à d'autres dieux, nous permettent de dire que l'unité employée dans ce problème est le franc (un des ancêtres de notre actuel écu), et que ce franc est lui-même divisé en 100 centimes (actuellement le centime n'a pas d'équivalents pour nous).

La lecture de ce ruban met d'emblée en évidence l'itération de certaines opérations, c'est-à-dire finalement l'itération de certaines additions, ce qui nous laisse penser que la civilisation parisienne de la fin du XXe siècle maîtrisait mieux l'addition que la multiplication. A ce propos, on notera que si certaines multiplications sont évoquées dans la colonne de gauche, c'est à chaque fois une multiplication d'un nombre pointé par un entier pair. La multiplication par un entier impair n'apparaît jamais en tant que telle. Ce phénomène est sans doute lié aux algorithmes de duplication et de dimidiation des Egyptiens. Ainsi, les occurrences de martini rouge, porto figeira et gobelets cristal sont-elles respectivement au nombre de 3, 3, et 5, entiers que justement nous reconnaissons pour être impairs.

La présence d'une soustraction au cours de cette longue addition est un phénomène qui pose bien des questions aux historiens des sciences. Il s'agit très vraisemblablement d'une technique algorithmique permettant de faciliter les calculs. On remarquera que le nombre 28.95 avait été ajouté quatre lignes plus haut, ce qui prouve bien le caractère technique - appelé ici entretien - de cette soustraction. Nous n'avons cependant pas encore réussi à déterminer l'utilité, voire l'efficacité, de cette procédure, car nous ne maîtrisons pas nous-mêmes la technique additionnelle employée ici.

Le résultat de l'addition est indiquée en face du mot total, ce mot et le résultat de l'addition, à savoir 789.85 sont répétés à la ligne suivante. Cette écriture itérative permet d'insister sur le caractère conclusif du passage. Ici, le résultat 789.85 est à nouveau répété une troisième fois, ce phénomène se rencontre rarement sur les manuscrits du même type. Il risque d'ailleurs de conduire à une interprétation erronée, dans laquelle on pourrait penser que 789.85 est additionné trois fois, puisque 3 est, on le sait, un nombre entier impair.

On observera tout de suite l'indication d'une vérification, vérification appelée articles. Il s'agit visiblement d'une vérification effectuée à l'aide d'une addition grossière, négligeant les centimes et arrondissant les francs à la dizaine, puisque le résultat de la vérification donne le nombre 79, nombre en accord avec celui des milliers de centimes fourni par l'addition sans troncature. On reconnaît là la classique preuve par mille.

La grande question demeure toutefois de savoir où les Parisiens mettaient leurs retenues.


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