Le code noir

Le Code Noir, promulgué en 1685, a pour objet de « régler ce qui concerne l'état et la qualité des esclaves » dans les Antilles françaises et en Guyane. Malgré son nom et malgré son objet, on y chercherait en vain le mot race. Il est vrai que ce mot, appliqué aux groupes humains, n'est pas encore d'usage courant, puisque, selon le Robert, il ne serait apparu dans cet emploi qu'en 1684. Mais si l'objet explicite du Code Noir, c'est l'esclave, et non le nègre, il va de soi que l'esclave est noir. Dans la seconde version du Code Noir, édictée en 1724 pour la Louisiane, la composante « raciale » de l'esclavage apparaît de façon plus explicite : le syntagme esclave nègre y figure en effet dès le préambule, et le terme Blanc y est utilisé à plusieurs reprises. Là où la distinction opératoire opposait dans le texte de 1684 les hommes libres aux esclaves, elle s'accompagne ici d'une autre distinction entre Blancs et Noirs : « Défendons à nos sujets blancs de contracter mariage avec les Noirs », énonce par exemple l'article 6 (qui laisse en revanche à l'homme noir, affranchi ou libre, la possibilité d'épouser son esclave) ; de même, l'article 24 prévoit que les esclaves ne pourront être témoins qu'« à défaut de Blancs », et l'article 52 que les affranchis et les nègres libres ne pourront recevoir des Blancs aucune donation ou héritage.

Danièle Lochak: La race : une catégorie juridique ? in Actes du colloque Sans distinction de... race (27 et 28 mars 1992) publiés par les Presses de la FNSP, revue Mots no 33.
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« Victor Schoeldcher apporte à la Martinique
le décret qui abolit l'esclavage (1848) »